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25 août 2018

De Messac à Ploërmel par l’ex-voie unique

Une voie unique devenue voie verte
texte et photos : J-H Lavie

Ferrovissime n°95, actuellement en kiosque, vous présente la belle résistance de la ligne Rochy-Condé/ Soissons, amputée en partie, reconvertie en voie verte sur certaines sections en préservant, toutefois, la possibilité d'y faire circuler des trains. Une option rare... Ici, je vais vous présenter l’ancienne VU Messac/Ploërmel devenue «voie verte» - c’est-à-dire équipée d’un revêtement stabilisé permettant la circulation des marcheurs et des cyclistes. Quant aux équidés, il est conseillé d’emprunter les bas-côté de la voie. Certes, un ferroviphile préfère une voie ferrée ouverte au trafic... Mais celle-ci fermée et transformée en voie verte, elle conserve un intérêt certain si les installations ferroviaires sont préservées - ce qui est le cas entre Messac et Ploërmel.



Cette voie unique était une section de l’ex-voie unique Chateaubriant/ Messac/Ploërmel longue de 94 km. A Messac, elle coupait donc la ligne Rennes/Redon/Quimper aujourd’hui empruntée par le TGV. Les dépliants touristiques ont leur petit laïus d’histoire ferroviaire. Qui indique que la ligne a fermé en 1939. Ce qui est vrai pour les voyageurs, mais ils oublient d’ajouter que le service voyageurs a réouvert dès la signature de l’armistice en 1940. Puis est resté en vigueur jusqu’aux années d’après guerre. Dans mon Chaix du service d’hiver 1945 tirage de décembre, figure 1AR quotidien (Sf DF) MV 5795 départ de Messac 17h30, arrivée à Ploërmel à 21h08 pour un parcours de 50 km avec 7 stations intermédiaires.Retour par MV 5792 départ de Ploërmel à 7h20, arrivée Messac 10h30 .Une photo «collection Lepage» montre ce train tracté par une locomotive 3-140 C à échappement Lemaitre du dépôt de Rennes. La voiture n’est pas visible, mais la Région Ouest a alors hérité d’antiquités issues des différentes compagnies ayant formé le réseau de l’Etat et d’une floppée de voitures allemandes Armistice 18 «autres que Prussiennes», notamment des wurttembergeoises à plate-formes assez pittoresques.
Dès les années 1950, la ligne n’est plus ouverte qu’aux marchandises en régime VUTR.




Au départ de Messac, la ligne traverse la Vilaine sur un pont métallique de 96 m. Près de la culée ouest, le tablier porte la mention «Solon 10-82» : les célèbres ateliers de Solon ont-ils réparé le tablier ou changer une partie de l’ouvrage ? Actuellement, l’ouvrage présente de grandes plaques de rouille. Il est vrai qu’il ne supporte plus que... des cyclistes !
Ce n’est qu’à 5 km de l’actuelle gare de Messac- Guipry (deux communes fusionnées desservies par l’actuelle gare de Messac) qu’on rencontre l’ex-halte de Guipry. Comme tous les bâtiments préservés de la ligne, elle est aménagée en maison d’habitation. Présentation clean, mais salutaire soucis de conserver le cachet ferroviaire d’origine y compris dans les couleurs des crépis et des encadrements des baies. Cette halte est implantée à la croisée d’une route où se trouvait l’un des nombreux PN (près d’une cinquantaire... en 50 km).
A 5 km de Guipry, se trouvait la gare de Pipriac- Lohéac-Lieurhon . J’ai bien cherché mais n’ai retrouvé aucune trace de cet établissement.







Celui-ci est un «pur PN». Chaînages d’angles, encadrements des huisseries et crépis sont traités dans des teintes classiques sur l’ex-Région Ouest.
Sur la photo du bas, on remarque l’accès à la cave par l’extérieur en profitant du dénivelé du terrain, une disposition qu’on observe rarement sur les réseaux miniatures. 





Un autre PN au lieu-dit Le Parc de la Besnarais, toujours respectueux des teintes «Région 3». C'est aujourd'hui l'accueil d'un petit camping. 
La voie verte est très agréable à parcourir en vélo. Elle est très ombragée, bordée de grands arbres .
Et si ses rampes de 15 °/°° devaient être difficiles pour les 3-140 C, elles ne posent aucun problème au moins sportifs des cyclistes (c’est mon cas!) la totalité du parcours étant réalisé sur grand plateau et aux vitesses les plus rapides du dérailleur.




On approche de Maure. La voie verte, dont on observe la chaussée ici, passe entre deux murs de soutènement qui portaient le pont-rail de l’ancienne voie métrique des TIV (Tramways d’Ille-et-Vilaine) reliant Rennes à Redon.









La gare de Maure-de-Bretagne était l’un des établissements les plus importants de la section de ligne. Dans les années 1950, il ne reste plus qu’un unique train de desserte marchandises quotidien au départ de Messac qui est terminus Maure-de Bretagne un jour sur deux. L’autre jour, le train poursuit son service jusqu’à Guer où il fait demi-tour. C’est toujours une 3-140C de Rennes qui est en tête, remplacée ensuite par une 040 DE / BB 63500 puis une BB 67000 du même dépôt. Vers 1980, la baisse du trafic permet de revoir la traction à la baisse avec un petit locotracteur Y 7400. Mais une grosse usine recevant des céréales vient alors de s’installer à Maure, suscitant des espoirs d’augmentation des tonnages transportés.






Après Maure, se trouvait une station nommée au Chaix «Les Brulais (arrêt) «. Je m’attendais à un petit quai avec une pancarte. En fait, Les Brulais avaient reçu le bâtiment classique des haltes de la ligne.
Et sur l’ancien quai, se trouve les anciens WC Hommes sur lesquels une cabane a été accolée.




Cette fois, nous sommes à Guer. La gare la plus importante de la ligne. Dans les années 1950, elle devient gare terminus de la ligne venant de Messac (parcours de 27 km). En 1982, elle est desservie tous les jours en hiver et trois fois par semaine en été par un locotracteur Y 7400. Les courants de trafic concernent les engrais, les poteaux téléphoniques et surtout les transports épisodiques mais importants réalisés pour le camp militaire de Coëtquidan, proche de Guer.
Aujourd’hui, le BV de Guer est devenu Office de tourisme.


Au delà de Guer, il y a 5 km de ligne neutralisés depuis les années 1950. L’emprise avait été préservée, ce sui a permis de ne pas interrompre la voie verte. Et d’arriver à Porcaro (halte), petite station qui avait reçu un bâtiment voyageurs du type Réseau Breton - que l’on trouve, en fait, sur de nombreuses petites lignes de l’Ouest construites à l’économie tardivement au début du XXe siècle.
Etabli en pleine forêt, le site de Porcaro est enchanteur et on a peine à croire qu’un (ou plusieurs?) courant de trafic avait justifié le maintien d’une section de ligne reliant Ploërmel à Porcaro jusqu’au service d’été 1964. Le plan de voies de l’établissement en 1958 montre pourtant le tracé simple d’une «gare de voie de gauche», donc simplement deux voies, deux aiguilles, pas de voie de débord. Et pourtant, l’emprise actuelle, très importante, aurait permis la pose de voies de débord et le profil du terrain s’y prête y compris pour un raccordement à la VU côté Guer !
Cette emprise est aujourd’hui une aire de camping, très bien aménagée, très propre, avec sanitaires et prises électrique. Le BV est habité.
Si j’ignore les trafics (et donc les types de wagons) de Porcaro, les locomotives 3-140 C de Rennes y ont été rapidement remplacées par des 3-230 K (ex-PO) du dépôt d’Auray détachées au dépôt de Ploërmel. En dernier lieu, des BB 63500 de Rennes ont assuré la fin de service.


Depuis Guer, la voie unique suit la Vallée de l’Oyon, un petit cours d’eau très encaissé. Et à quelques kilomètres de Porcaro, je suis tombé sur cette énigme : un bâtiment de PN... sans PN !
En fait, une petite route en cul de sac arrivait à ce bâtiment dont l’accès nécessitait de traverser la voie. Mais de l’autre côté, rien ! Ou plutôt si : en contre-bas, les eaux de l’Oyon. Aujourd’hui transformé en gite, on aperçoit à droite de la photo la rambarde devant le bâtiment d’une terrasse donnant sur le cours d’eau. Alors, à défaut de PN, était-ce une halte ? Rien ne figure au Chaix. Un bâtiment pour les cantonniers? C’est pour moi une énigme !






 Un peu plus loin, on arrive à l’ancienne gare d’Augan, de type Réseau Breton elle aussi.
Le PN situé à une extrémité de la gare possède une plaque de gare «Augan», alors que le BV n’en possède pas ou plus.... 






Enfin, nous arrivons à Ploërmel. Ce fut une gare importante implantée au milieu d’une étoile de ligne. C’est aujourd’hui le point nodal de plusieurs voies vertes ex-lignes de chemin de fer et de nombreuses «vélo- promenade» - mais attention pour ces dernières : le profil (difficile pour les mollets des cyclistes !) n’a rien à voir avec les anciennes voies ferrées.
Comme nous l’avons vu tout au long de notre rando, les bâtiments ferroviaires de Ploërmel ont aussi conservé leur cachet d’origine. Le bâtiment voyageurs est devenu une école. l’ancien dépôt abrite un restaurant-traiteur - produits fins - objets de décoration. A l’Office de tourisme de Guer, l’hôtesse m’avait dit : - «Vous verrez, on a conservé des rails à Ploërmel!». Oui, c’est vrai mais seulement une quinzaine de mètres sur lesquels trône un wagon plat K5. 



27 mars 2012

Giromagny, une petite ligne extraordinaire

Le terminus de Giromagny il y a 25 ans. A l'époque, le ballast règne déjà sur cette antenne. / photo Jean Florin

En lisant, dans Ferrovissime n°48 en page 55, l'article consacré à la reprise de trafic sur la petite ligne de Giromagny par InfraRail, vous avez été, forcément, très étonné par le plan de voies de la gare de Bas-Evette (centre de la page 56) , où est implantée la bifurcation entre la ligne 4 Paris/Mulhouse et l'antenne à voie unique. Car il est vrai que d'avoir tracé la voie de départ de la petite ligne dans la cour de la gare (donc, côté "rue", là où se garent taxis et automobiles) et non pas sur le faisceau de voies, est déjà une situation peu banale, surtout pour la voie normale d'un grand réseau épris de rigueur - l'Est - puis la SNCF. Mais ce n'est pas l'unique élément original de cette ligne peu connue. Vous imaginez sans doute qu'une desserte aussi courte (7,2 km) et modeste, ouverte en 1883, a été le royaume des locomotives 030 ? Exact au début ! Mais aux lendemains de la Première Guerre mondiale, la livraison au dépôt de Belfort de Mikado-tender 4400 Est (futures SNCF 1-141 TB) incite le service de la Traction à inscrire la ligne de Giromagny dans le roulement de ces nouvelles machines - bien volumineuses pour une telle desserte!

A la création de la SNCF, en 1938, la desserte de Giromagny est partagée entre des 1-131 TB, des 1-130A et 1-130 B - ces 130 B dont vous pouvez découvrir de nombreuses photos prises autour de Gray  dans le N°48 de Ferrovissime. Notez que ce partage entre 1-131 TB et 1-1310 B a été fréquent sur de nombreuses petites lignes de l'Est, notamment pour des dessertes affermées aux CFTA.

Mais revenons à Giromagny pour énoncer une dernière fantaisie de son exploitation. Peu après sa création, la SNCF abandonne le service "voyageurs" qui fait l'objet d'une substitution à un transporteur routier - la STABE, filiale du groupe Verney. Mal lui en prit car pneus, essence, huile, tout manque, durant l'occupation, pour faire circuler un car sur la route. Une décision sidérante est prise alors : le transporteur routier STABE fait habiliter ses conducteurs de cars à la conduite ferroviaire. Puis il loue, au centre autorails de Besançon, des Renault ABJ qui assurent donc le service "voyageurs" sur Giromagny jusqu'aux mois qui suivent la Libération.
Il est habituel de voir un conducteur de car venir chercher ses voyageurs dans la cour d'une gare ; mais il n'est pas banal que ce soit aux commandes d'un... autorail !
Jehan-Hubert Lavie