samedi 6 novembre 2021

La ligne de Collanzo




 



Si je vous demande de citer le pays d'Europe qui exploite le réseau à voie métrique le plus étendu et où il est possible d'accomplir un trajet d'une durée de 7 heures sur voie d'un mètre, vous me direz que la réponse est facile : c'est la SUIS..s..e ? Perdu ! Mais non, c'est l'Espagne ! Vous êtes étonnés ? Je le comprends ! Car la voie métrique y est principalement implantée loin de la Costa Brava et des côtes andalouses, dans le nord du pays, près de l'océan Atlantique... Bref, des régions que les touristes français fréquentent peu, si l'on excepte les pratiquants du surf qui eux, y sont présents en très grand nombre de la Galice (à l'ouest) au Pays Basque (à l'Est). Entre les deux, la Cantabrie et, surtout, les Asturies où la voie métrique est la plus développée. 

Les Asturies, c'était un peu à l'Espagne ce que la Lorraine était à la France : des mines, de la métallurgie, de l'industrie lourde. Des activités actuellement en fort déclin qui sont disséminées dans des paysages allant de la campagne vallonnée à la montagne escarpée. 







En me documentant sur les Asturies (Principàu d'Asturies dans la langue de cette "communauté autonome uniprovinciale "), je note que parmi ce vaste réseau métrique en grande partie électrifié et qui bénéficie de constantes améliorations, une petite ligne en antenne, exploitée par autorails, serait menacée d'une éventuelle fermeture. Cette ligne, portant le numéro C8f, relie Baiña à Collanzo. Dans un tel cas, pas d'hésitation : il faut aller voir ! Et je n'ai pas été déçu... D'abord par l'environnement de Collanzo, magnifique, qui rappelle un peu la Savoie. Et par l'état de cette antenne à voie unique: infrastructures en bon état sur la majeure partie du parcours, signalisation lumineuse, autorails neufs, desserte cadencée avec une circulation toutes les heures dans chaque sens... Et on voudrait "fermer" Collanzo ? 






Avant d'observer la ligne, il faut rappeler que de 1965 à 2012, l'Espagne a connu la situation originale de voir la plupart de ses voies métriques regroupées au sein d'un organisme public unique : les FEVE (Ferrocarriles Españoles de Via Estrecha). Nouvelle donne en 2013 : les voies métriques sont rattachées à la RENFE, l'opérateur de la voie large ibérique et l'ADIF prend en charge la gestion de ses infrastructures. D'où le double marquage RENFE (en grand) et FEVE (en petit) porté sur le matériel roulant et les installations fixes. 





Le BV du terminus de Collanzo est une belle bâtisse (sans tag!). Pas de personnel sédentaire mais des caméras de surveillance et une détection de présence : lorsque vous pénétrez en gare, les hauts parleurs vous invitent à ne pas vous aventurer sur les voies. 





Le guichet est fermé et c'est à une machine à billets que l'on fait l'acquisition d'un titre de transport. Le contrôle est assuré par des appareils automatiques que ne renierait pas le métro de Paris. 







Des panneaux fort didactiques ont été installés face à la gare pour raconter l'histoire de cette ligne inaugurée en janvier 1935. Un croquis montre la plan de voies original avec trois voies dont deux à quais se terminant par un pont tournant. 









Aujourd'hui, une simple voie à quai suffit aux autorails bidirectionnels. Mais l'accès aux trains s'effectue par un quai haut, tous les accès depuis la rue ayant été prévus pour les personnes à mobilité réduite. 








Une voie de garage reste posée entre la gare et la remise du dépôt. Cette remise, fermée par des portes, conjuguée avec les caméras de surveillance, est peut-être l'explication de l'absence de tags sur les autorails?


Ce grand bâtiment jaune préservée est l'ancien bâtiment des marchandises. Son architecture, liée à son organisation interne, est très différente de nos halles françaises. L'encadrement muré au rez-de-chaussée est l'emplacement d'une porte qui permettait à la voie métrique d'entrer à l'intérieur du bâtiment. 



Bien loin de l'image que l'on se fait en France de l'Espagne, ici, on pourrait se croire en Savoie ! A proximité des petites gares et stations, le bois à expédier ignore aujourd'hui le chemin de fer. Mais il a dû longtemps constituer une source de trafic pour la voie métrique. 







Les mesures environnementales actuelles imposent, le plus souvent, de laisser le train désherbeur sur la voie de garage... Ce qui explique la présence d'herbes folles sur la voie. 






Le profil pour monter à Collanzo (527 m d'altitude) n'est pas facile et 55 minutes sont nécessaires pour aller de Baiña à Collanzo. Si le site est fréquenté par les Espagnols pour la promenade et les randonnées, le village ne possède, quant à lui, que 199 habitants. 









Notez que les gares intermédiaires et les petites haltes (ici, la station de Levinco) sont également équipées de quais hauts. et donc accessibles aux PMR.




Coup d'œil aux autorails. Je n'ai vu rouler sur la ligne que des engins de la série 2900. Des autorails récents (2009/10), construits en 12 unités par CAF. Personnellement, j'aime leur silhouette profilée originale que ne renierait sans doute pas Billard s'il construisait encore des autorails à voie métrique aujourd'hui ! Les 2900 sont d'ailleurs des petits autorails à bogies qui ne prennent que 29 passagers assis pour une capacité totale de 78 voyageurs. Ces engins bicabines sont motorisés par un diesel MTU accouplé à une transmission hydraulique. 
D'après les documents RENFE-FEVE, 4 autorails 2900 sont affectés à la desserte de Collanzo. Pour ma part, j'y ai photographié les 2904, 2907 et 2908. 






Bien avant les 2900 d'aujourd'hui, les Asturies avaient connu des autorails à la silhouette extraordinaire. Précisons d'emblée que ceux dont nous allons parler n'ont rien à voir avec Collanzo. Ils ont été construits en 1954 en deux exemplaires par le constructeur de camions américains Mack pour le réseau New-Haven. Moteur diesel et transmission électrique sur les 4 essieux. Neuf ans plus tard, un réseau secondaire des Asturies  - El Ferrocarril de Langreo - qui avait l'étonnante particularité (en Espagne!) d'être établi à voie normale (écartement de 1435 mm) désire se moderniser et cherche donc, en 1963, des autorails d'occasion. Et trouve son bonheur au New-Haven. Les deux engins quittent les USA et viennent circuler, jumelés, sur la ligne Gijòn à Pola de Laviana. Les deux autorails, unidirectionnels comme il est alors courant aux USA, sont accouplés par l'arrière. Sur la photo ci-dessus, c'est donc la porte de l'intercirculation que vous apercevez ! Le profil incliné des vitres qui entourent cette porte sont en fait les reliques du pare-brise de l'autocar produit en série par Mack qui a servi de base à l'autorail.






L'avant de l'autorail (qui est donc l'ex-arrière de l'autocar, vous suivez toujours?), le voici. J'ai photographié cet engin dans l'excellent Musée des chemins de fer de Gijon qui en a conservé un exemplaire. Mais les photos qui accompagnent sa présentation montrent bien les deux autorails circulant dans les Asturies accouplés par deux. 

Nous aurons bientôt l'occasion de revoir les FEVE mais sous caténaire, cette fois ! 

Texte et photos : Jehan-Hubert LAVIE

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