5 mai 2022

Sur les traces de la ligne Vitré / Fougères




 La belle bâtisse que vous voyez ici n'est pas un château : c'est le BV de la gare de Vitré, située sur la ligne classique reliant Paris-Montparnasse à Rennes via Le Mans et Laval qu'empruntait, il n'y a pas si longtemps, le TGV Atlantique avant la prolongation de la ligne à grande vitesse Atlantique jusqu'à Rennes. 





Vitré était, autrefois, gare de bifurcation : au sud, une ligne rejoignait Forêt de la Guerche et au nord, une autre ligne s'embranchait en quittant Vitré par un long viaduc pour rejoindre Fougères. Ouverte en 1867, cette ligne avait été construite pour une compagnie indépendante : la Cie du Chemin de fer de Vitré à Fougères. Prolongée de Fougères à Pontorson où elle était embranchée à la ligne Lison/ Lamballe, elle est intégrée ensuite au réseau de la Compagnie de l'Ouest repris par l'Etat en 1909., puis, en 1938, par la Région Ouest de la SNCF. Toutefois, parler au passé de cette ligne n'est pas tout à fait correct. 

D'une part parce que les 7 premiers kilomètres au départ de Vitré sont toujours exploités pour le fret jusqu'à Gérard afin de desservir l'usine agro-alimentaire de la Cooperl. Ce court embranchement vient d'ailleurs de bénéficier d'une rénovation pour assurer les 170 trains annuels destinés à son unique client. Mais à terme, Cooperl Nutrition s'est engagée à augmenter le nombre de ses trains de 40 % pour atteindre les 290 trains annuels en 2025. 

D'autre part, parce que les 26 kilomètres séparant Gérard de Fougères, dont le dernier train de fret a circulé en 1991, ont été aménagés en voie verte Véloroute. Mais la durée de cette mise à disposition touristique est limitée à 20 ans, dans l'attente du retour du train. 














L'intérêt de cette voie verte pour les ferroviphiles est d'avoir préservé maints équipements ferroviaires. A commencer par les anciens poteaux télégraphiques. 







On retrouve aussi en place les signaux et pancartes dont nous illustrons quelques exemples. 


J'ai entamé le parcours de cette voie verte juste après Gérard, à peu près au niveau de l'ancien point d'arrêt de Balazé. 








Il est encore possible d'observer des barrières pivotantes très anciennes. La traversée de certains chemins de faible importance est signalée par le signal "croix de St André" attaqué par la rouille.

Les maisonnettes, pour celles qui n'ont pas été transformées et agrandies par leurs nouveaux propriétaires, présentent, sur cette section, une architecture et des cotes très proches des maisons de garde type Ouest. Notez, sur la première photo, la présence des rails à gorge conservés au droit de la traversée à niveau ! Plusieurs PN de la ligne montrent ce type de reliques !












Pédalant dans une rampe de 16 °/°° avant d'arriver à la première gare, nous longeons l'ancien EP d'une usine d'aliments pour la nutrition animale. En m'aventurant dans de hautes herbes, j'ai retrouvé les rails de son ancienne voie de desserte ! Desservie par la route, l'usine appartient aujourd'hui au Groupe Terdici Nutrinoë.

Encore quelques centaines de mètres à parcourir et j'entre en gare de Châtillon-en-Vendelais. 







Equipée d'un BV avec halle accolée (aujourd'hui devenu Club des jeunes), la gare de Châtillon-en-Vendelais possédait une voie d'évitement et une voie de débord longeant le BV et la halle. Sur cette voie de débord, existait encore, en 1957, une plaque tournante à wagons desservant une voie de cour. Et à l'endroit où nous voyons, sur une photo, des automobiles garées, partait une voie qui desservait un EP




A la sortie de la gare de Châtillon, à la hauteur d'un lac pittoresque, est implanté cette maisonnette.  De par ses modestes dimensions, on peut se demander si la construction de cette maison de garde pour PN ne remonte pas aux origines de la première compagnie de Vitré à Fougères ? 






A quelques kilomètres de là, on retrouve une autre petite maison de garde  (voir la 1re photo ci-dessus) , mais ce sont les bâtiments de PN Ouest classiques (ci-dessus) qui sont néanmoins les plus nombreux. 

Je n'ai pas trouvé trace de la gare suivante : Dompierre-du-Chemin. Située à 5 km de Châtillon, elle était munie d'un BV à halle accolée d'aspect très proche de celui de Châtillon-en-Vendelais. En consultant la carnet de profils et schémas de la Région Ouest, j'observe qu'une plaque tournante à wagons est, là aussi, encore présente en 1957 pour donner un accès perpendiculaire au quai haut. Notez que les voies perpendiculaires accessibles par plaques, si nombreuses avant 1950, sont restées ensuite en usage dans certaines gares recevant des wagons citernes chargés de vin qui ne devaient pas être manoeuvrés ni bougés durant un certain temps après leur arrivée, l'agent de desserte glissant une étiquette "manoeuvres interdites" (souvenirs du regretté Marcel Leguay). 

Par rapport à  Châtillon-en-Vendelais, la gare de Dompierre-du-Chemin se distinguait par la présence d'une voie de cour contournant entièrement la gare (y compris devant le BV) en se raccordant à la voie unique aux deux extrémités de l'établissement - à la manière des gares du Réseau Breton. Sur cette voie de cour s'embranchait un EP. 

Je n'ai pas trouvé trace non plus de l'ancien arrêt de La Brébitière, sans évitement ni voie de service. Peut-être n'était-ce qu'un simple quai au droit d'une maison de PN? 





Encore 5 km à parcourir et mon oeil est attiré par un heurtoir. L'extrémité d'une voie de garage embranchée dans une gare proche ?  Si la gare de La Selle-en-Luitré est effectivement en vue, ce heurtoir est, en fait, la trace visible du départ de l'ancienne ligne se dirigeant vers Ernée et Mayenne (voir carte au début du post). Une relique étonnante quand on sait que la section de ligne La Selle-en-Luitré/ Ernée a vu son dernier train de marchandises omnibus (remorqué par une 3-030 C du dépôt de Fougères) supprimé au service d'été 1954 ! Mais sans doute, un court tronçon au départ de La Selle a été conservé comme tiroir ou voie de garage, ce qui justifiait ce heurtoir. Précisons aussi que les trains circulaient de Fougères à Mayenne en empruntant la voie unique de Vitré jusqu'à La Selle-en-Luitré. Le plan de voie de cette gare ne permettait pas le croisement de deux trains , la ligne de Mayenne et celle de Vitré disposant, chacune, des deux seules voies présentes au droit du BV. 



Non représenté sur le carnet de profils de 1957, il est probable qu'un ancien EP de produits pétroliers a été installé, côté Vitré, dans les années qui ont suivi la parution de ce document. Ne reste aujourd'hui qu'une vaste surface bétonnées et deux hauts réservoirs. 




Le BV de La Selle-en-Luitré, le voici. C'est un très beau BV 5 portes Etat qui semble bénéficié, actuellement, de travaux de réhabilitation pour des fonctions non ferroviaires. 



A la sortie de La Selle-en-Luitré côté Fougères, je longe un vaste EP qui a conservé toutes ses voies privées bien que toute la logistique de l'entreprise fasse dorénavant confiance aux transports routiers. 


Cinq nouveaux kilomètres à parcourir. En vue de Fougères, j'observe ce bâtiment aujourd'hui habitation privée. Mais, le crépis beige, les parements en brique, l'oeil de boeuf, maints détails rappellent les constructions ferroviaires de l'Ouest-Etat ! Alors, serait-ce une construction ferroviaire à l'origine ? Ne rêvons pas : son emplacement est bien trop éloigné pour avoir un rapport avec l'ex-dépôt de Fougères fermé en 1960. Car Fougères a eu un dépôt qui a abrité les 3-030 C déjà mentionnées, mais aussi des 3-140 C et une 3-230 D. Les 3-140 C assuraient les trains de marchandises sur Vitré avant d'être remplacées par des BB 63500, puis des BB 67000 (en UM pour certains trains complets) et des locotracteurs avant la fermeture de la ligne en 1991.



 


Avant d'arriver à Fougères, juste un mot sur cette voie verte. Elle est fort bien revêtue pour les parcours cyclistes. il faut seulement se méfier des rails conservés au droit des PN. 





Et me voilà dans l'ex-avant gare de Fougères. Envahies par la végétation, les voies de l'ancien faisceau de garage donnaient accès à l'EP d'une vaste usine agro-alimentaire. 


Aujourd'hui, cette usine appartient à la coopérative normande Agrial. Sur la photo, les silos, à l'arrière plan, étaient déjà visibles sur des photos ferroviaires déjà anciennes. Par contre, l'immense séchoir, au premier plan parait récent et n'a peut-être par connu le chemin de fer. Au passage, je remarque comme il est écologiquement regrettable qu'une usine aussi vaste, que l'on aurait approvisionnée, il n'y a pas si longtemps, par une noria de trains complets, soit, aujourd'hui, alimentée uniquement par camions. 

La suite? Eh bien c'était la gare voyageurs de Fougères, dont il ne reste rien de bien visible, le site ayant été profondément transformé depuis la fin du service voyageurs ferroviaires en 1972. Un service qui avait fait appel, très tôt, aux ancêtres des autorails Etat, les Schneider dont un exemplaire est exposé à la Cité du train de Mulhouse. Dans les années 1950, les Renault AEK X 7000 assurent les liaisons Vitré / Fougères, puis des ABJ X 3000, le service se terminant avec les incontournable Picasso X 3800. Ceci dit, après la fin des autorails en 1972, des trains de voyageurs ont encore circulé de Fougères à Vitré épisodiquement : il s'agissait des trains de pèlerins Fougères / Lourdes, composés de voitures OCEM RA ou PL, remplacées , en dernier, par des voitures UIC et des ambulances VU, tractées, sur la petite voie unique, par une BB 67400 ! 


Comme le montre la carte, en début de ce post, si Fougères était terminus des autorails omnibus venant de Vitré, deux voies uniques continuaient vers le nord, l'une vers Pontorson et l'autre sur Les Loges-Marchis-Landivy. 

Texte et photos : Jehan-Hubert LAVIE


Jean-François BRETECHE a photographié l'actuelle desserte de la Cooperl à Gérard passant au PN 4 de Vitré derrière une BB 60000.








4 mai 2022

PK3 est paru : Vapeur d'hier dans le monde d'aujourd'hui


 

Avec le photographe Didier Delattre, PK part à la conquête du monde de la vapeur à travers 120 photos exceptionnelles. La démarche de ce trainspotter globe-trotter est originale puisque, loin de la nostalgie passéiste qui sied habituellement aux trains à vapeur d'hier, c'est bien des locomotives d'aujourd'hui ou d'un passé très récent qui offrent leurs panaches aux objectifs de Didier. 

Parcourant l'Asie du Sud-Est, la Chine, l'Afrique australe, l'Amérique du Sud ou les Balkans, les pages de ce PK3 nous permettent de découvrir des chemins de fer aux caractéristiques les plus variées : de la voie étroite rurale sur laquelle circule de minuscules machines-tender jusqu'aux gigantesques Garrat exotiques en passant par des réseaux industriels fort actifs. 

Et puis il y a la une de ce PK3 : "Red Devil", la Class 26 du Chemin de fer d'Afrique du Sud (SAR) issue d'un projet de l'ingénieur David Wardale en se fondant sur les principes de Dante Porta Livio, disciple d'André Chapelon. Née en 1981 dans le but d'éviter la conversion au diesel d'une Afrique du Sud riche en charbon, cette 242 à voie de 1067 mm développe 3350 kW et atteint les 160 km/h. L'expérience échoua et elle a été radiée en 1992. En France, on sait que les 242 n'ont pas de chance... Mais "Red Devil", au moins, a été préservée !

3 mai 2022

Rectificatif sur la répartition des voitures-Pullman type Flèche d'Or

 


coll.P.Y. Toussirot



En page 59 du n°117 de Ferrovissime, dans le paragraphe sur les Pullman type Flèche d'Or, des confusions ont été faites dans la répartition entre voitures avec cuisine VPC et voitures sans cuisine VP. 

Voici la bonne répartition, en vous présentant nos excuses : 

les 90 Pullman Flèche d’Or sont construites de 1926 à 1928 principalement en Grande-Bretagne (The Birmingham Railway Carriage & Wagon Compagny, Leeds Forge Compagny ou Metropolitan Cammell Carriage & Wagon Compagny) et une vingtaine en France (Compagnie Générale de Constructions). Les 30 premières voitures sont les vraies Flèche d’Or tandis que les 60 unités suivantes sont des commandes complémentaires :

• 15 WPC 1re classe n° 4001 à 15 ;

• 15 WP 1re classe n° 4016 à 30 ;

• 10 WPC 1re classe n° 4031 à 4040 ;

• 10 WP 1re classe n° 4041 à 4050 ;

• 15 WPC 1re classe n° 4051 à 4065

• 15 WP 1re classe n° 4066 à 4080.

• 5 WPC 1re classe n° 4081 à 4085

• 5 WP 1re classe n° 4086 à 4090.

26 avr. 2022

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8 avr. 2022

Voie métrique moderne pour un secondaire exemplaire (partie 1)

 

Train de fret MBC à voie métrique acheminant des wagons à voie normale sur rollbocks



Deux lignes de chemin de fer, un funiculaire, dix lignes de bus ruraux, cinq lignes de bus urbains, 4 954 974 passagers dans l'année, 318 070 tonnes de fret et 303 collaborateurs... Tel est le potentiel de l'exploitation multimodale des MBC, le sigle des Transports de la région Morges-Bières-Cossonay SA. Cette entreprise est implantée dans le canton de Vaud (Suisse) pour desservir essentiellement le district de Morges qui compte 84000 habitants. C'est une région qui se partage entre communes rurales au pied du Jura et zones urbaines au bord du lac Léman. 

Totalisant 31,65 km de voie métrique, le réseau ferroviaire, nommé à l'origine BAM (Bière Apples Morges), est mis en service de Morges à Bières via Apples (19,1 km) en 1895. En 1896, un embranchement secondaire est construit par une compagnie indépendante entre Apples et L'Isle-Mont-la-Ville (10,6 km). En 1899, cette voie métrique secondaire est intégrée au BAM. 





Le MBC à quai au départ de la gare CFF de Morges

En correspondance avec le MBC, la gare de Morges reçoit des trains à voie normale de toutes catégories. Ici, une automotrice CFF à deux niveaux à destination de la gare française d'Annemasse. 

Bière est la gare tête de ligne du réseau à voie métrique. 

Bière, son BV côté voies. L'accès est étudié pour les personnes à mobilité réduite. 

Le BV de Bière côté cour. A l'heure des distributeurs automatiques de billets, le bâtiment est reconverti à l'usage de "bureau de tourisme". 

 
La gare de L'Isle-Mont-la-Ville, un joli petit terminus d'embranchement secondaire, propre à faire "craquer" les modélistes ! Notez la composition du train très pragmatique : automotrice (non réversible) moderne et remorque pilote plus ancienne.

L'ensemble du réseau a été électrifié en 1943. La tension actuelle est le 15 kV - 16 2/3 Hz (comme la voie normale des CFF). L'infrastructure est à voie unique, les rampes maximales ne dépassent pas 35 °/°°. La vitesse de référence des trains est de 65 km/h. 
Au départ de Morges, la voie est à 381 m d'altitude et le faîte de la ligne est atteint à Ballens (713 m) avant de redescendre à Bière à 694 m d'altitude. Le terminus de l'embranchement de L'Isle est, quant à lui, à 666 m d'altitude. 
C'est en 2003 que le Chemin de fer Bière-Apples-Morges (BAM) a été regroupé avec les exploitations routières locales en adoptant le sigle MBC (Morges-Bière-Cossonay). En 2022, il est ouvert aux trafics des voyageurs, du fret et des transports militaires. Bière est un site de casernes important. D'ailleurs, une ligne de 1,89 km (électrifiée, bien sûr), appartenant à la Confédération Helvétique a été établie en 1997. Bifurquant avant la gare de Bière au lieu-dit En Palud, elle desserte Bières-Casernes. 



La voie unique de L'Isle

Train de fret entre Apples et Morges. Notez l'excellent état de l'infrastructure. 

Un train descend de Bière

Les relations voyageurs ferroviaires du réseau sont en correspondances avec les dessertes routières du MBC .
En 2019, avant que le COVID fausse les statistiques, la ligne Bière/ Morges a transporté 733 693 passagers et l'embranchement de L'Isle 126 176 passagers. 



Bus rural Mercedes du MBC en correspondance à L'Isle. 





L'Isle côté cour. L'arrêt de bus est reporté un peu à droite de la photo, à proximité du quai ferroviaire. 

Il existe, en gare de Bière, des remises anciennes héritées d'un ancien dépôt. Mais c'est un dépôt moderne, établi aux limites de la gare, qui est actuellement utilisé... En attendant une nouvelle construction qui semble être prévue pour un avenir proche. La foi des secondaires suisses dans l'avenir est toujours admirable!




En gare de Bière, à gauche, les anciennes remises du matériel. L'Isle possède une remise à une voie. 

(pour des raisons techniques, la suite de l'étude est publiée dans une seconde partie)