7 oct. 2023

L'extraordinaire Molli, train régulier vapeur



Imaginerait-on, en France, un service TER qui serait intégralement pris en charge en traction vapeur ? Non, bien sûr... Mais en Allemagne, c'est possible en 2023 ! Ce train relie Bad Doberan / Heiligendamm / Kühlungsborn-West. Mais pour comprendre ce phénomène, il faut que je vous raconte brièvement l'histoire de cette ville de 12000 habitants située dans le Nord de l'Allemagne près de Rostock, dans le Land de Mecklembourg-Poméramie-Occidentale. 

Bad Doberam (en allemand, "bad" veut dire "bain") est une station thermale grâce  à Heiligendamm, un quartier très excentré de la ville possédant une belle plage sur la mer Baltique. C'est la raison d'être du Mollibahn, voie étroite à l'écartement de 900 mm construite en 1886 pour relier Bad Doberam et les thermes d'Heiligendamm - qui est aussi la plus ancienne station balnéaire d'Allemagne (1793).

En 1947, Bad Doberam se retrouve en zone soviétique et passe donc derrière le rideau de fer, en Allemagne de l'Est (DDR). Le Mollibahn poursuit sa carrière sous le régime communiste, à l'abri de toute modernisation. Une chance... mais ça, on ne le saura que plus tard ! Et lors de la réunification de l'Allemagne, il est décidé de préserver ce merveilleux train d'autrefois tout en l'équipant pour pouvoir assurer un service commercial régulier dans des conditions de confort normales.
 



Reliant  Bad Doberam-Bf à Heiligendamm  et Kühlungsborn-West, la ligne du Molli met en marche 11 trains quotidiens en période estivale. Nous sommes en Allemagne et les horaires sont forcément cadencés (à l'heure). Autre point important que j'apprécie en Allemagne : la présence sur les quais d'amateurs et de photographes y est fort bien vue... Et c'est heureux car dans la patrie de Märklin (ici, c'est plutôt Piko!), des ferroviphiles, il y en a beaucoup ! 



Un mot sur le parc "Traction". Les trains réguliers sont pris en charge par quatre 141 T. Présentant une agréable silhouette de vapeur moderne, trois remontent à l'époque de la DDR tandis qu'une quatrième a été construite récemment pour venir à bout d'un trafic devenu considérable en été. 


Le Molli possède aussi des 040 T. Celle-ci est photographiée au musée de Kühlungsborn-West (que nous vous présenterons ultérieurement). Il existe aussi un autorail Wissmar très apprécié des amateurs que nous n'avons, hélas, pas vu. 



Le parc voyageurs est en excellent état : matériel neuf ou véhicules modernisés et remodernisés? Les trains comprennent tous un long fourgon réservé aux bagages et - surtout! - aux vélos, moyen de transport écologique privilégié par les estivants. 



L'infrastructure est en excellent état. Le rail lourd, employé sur cette voie étroite de 900 mm, conjugué avec les traverses biblocs et les grands sémaphores donnent à cette photo le look d'une couverture d'un catalogue de trains miniatures des années 1950 ! 








Effectuons maintenant un parcours et rendons-nous en gare de Bad Doberam-Hf, partagée entre Molli et la voie normale de la DB. Un autorail Regio pour Wismar vient de s'arrêter à quai, assurant la correspondance avec Molli. 







Pendant ce temps, la BR 99 2323 du Molli sort du dépôt et évolue pour se mettre en tête de la rame à voie de 900 mm, hotte en tête qui est l'orientation habituelle en sens impair.







 Le train traverse Bad Doberam en suivant rues et avenues puis roule dans la nature qui sépare Bad Doberam et d'Heiligendamm.







Le BV de la gare d'Heiligendamm présente des dimensions peu courantes pour une voie étroite ! Blanc, net, immaculé comme une maquette en plastique  de bâtiment miniature, le corps principal de ce BV est maintenant un restaurant a priori réputé. Mais l'aile droite possède une avancée vitrée : le bureau du chef de service. Car on croise les trains à Heiligendamm et toutes les opérations sont faites "à l'ancienne" y compris la fermeture et l'ouverture des PN réalisés à la double manivelle ! 






Le train venant de Bad Doberam entre en gare.




Bientôt suivi par celui qui arrive de Kühlungsborn. Entre personnel de la gare, agents d'accompagnement et équipes de conduite, l'ambiance rappel le temps des gares de croisement autrefois en France.






Gare suivante :  Kühlungsborn-Ost où se trouve la Direction du réseau. Le train suit la côte et les plages très très fréquentées, empruntant des artères routières claires, certaines aménagées en voies piétonnes. 

Retour en arrière avec cette photo ancienne (DR) prise dans les années 1970 avant la réunification. A l'époque, Molli (ici, avec une 040 T) fumait beaucoup et les rues empruntées montraient des murs noircis par les fumées des locomotives et... des moteurs "2 temps" des automobiles AWE Wartbürg (ici à droite) et Sachsenring (la marque des Trabant) et des motos MZ.






 Kühlungsborn-West, arrivée. Evolution et remise en tête devant le vaste BV. Mais le temps presse et Molli repart déjà en nous gratifiant d'un démarrage énergique mais avec fort peu de fumée. Molli s'est adapté à tout, même aux nouvelles exigences écologiques ! 

Texte et photos : Jehan-Hubert LAVIE
(sauf la photo des années 1970 : DR)
Les prises de vues ont été réalisées en juillet 2023

1 oct. 2023

Renaissance des trains touristiques sardes !


 


Azienda Regionale Sarda Trasporti (ARST) est la principale société de transports publics en Sardaigne. Outre le réseau d'autocars et les trains modernes desservant l'île, ARST gère le Trenino Verde comprenant plusieurs lignes touristiques à voie de 950 mm qui avaient sombré dans un état de décrépitude très regrettable quand on voit le potentiel que ces voies ferrées peuvent offrir entre mer et montagne. La photo ci-dessus en montre un exemple : le tracé de la ligne est repéré par la maison de garde jaune citron placée à flanc de montagne. 


Ou encore la petite gare de Gairo, ici avec un autorail Fiat, située à l'intérieur de l'île dans la montagne. 

Un programme de grand travaux est donc lancé pour la rénovation de ces lignes touristiques le contrat s'élevant à 33 millions d'euros, sous l'égide de Rete Ferroviaria Italiana. 


Malgré l'écartement réduit de la voie, le réseau comprend un certain nombre de belles gares (utilisées également par les cars, il est vrai) comme ici à Tempio.




Le matériel roulant (autorails et voitures voyageurs), quant à lui, est très abimé par les tags - sauf les locomotives diesel. 




Il existe aussi un beau potentiel pour les circulations vapeur et il reste encore des épaves garées (voir ci dessus). 


Rappelons que la voie de 950 mm sarde exploite aussi quelques relations régulières avec des automoteurs modernes. 

Texte et photos : Jehan-Hubert LAVIE

25 sept. 2023

Pascal Béjui nous a quitté

Photo Henri Tenoux - FACS Patrimoine- Ferroviaire"



  C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Pascal Béjui, dimanche 24 septembre, à la suite d'une longue maladie. Auteur, éditeur, photographe, vidéaste, il a été, durant cinq décennies, l'une des signatures ferroviaires les plus prolifiques et les plus appréciées.

Les débuts de Pascal Béjui remontent au tournant des années 1970 , quand il écrit, dans le magazine Loco-Revue, un premier article sur le thème du chemin de fer. Et sans doute le seul qu’il ait consacré au train miniature. Mais ce réseau de la Villa Tisbé célèbre les rivages de la Méditerranée qui sont le berceau de sa famille, de la Corse à la Tunisie en passant par Nice. 

Caméraman à Télé Monte-Carlo, Pascal collabore ensuite a de nombreuses publications ferroviaires avant de fonder les Editions de la Régordane qui publient un nombre considérable d'excellents livres sur les chemins de fer et sur les transports publics. Il n’abandonne pas pour autant la presse magazine en prenant une large part à l’animation d’Objectif Rail puis en assurant la rédaction en chef de la revue Le Train Nostalgie jusqu’à ses derniers jours. 

Plume de haute qualité, Pascal Béjui n’a pas lâché pour autant la caméra :  les vidéos qu’il produit à la Régordane resteront des témoignages vivants d’un chemin de fer disparu. C'est dans ce cadre de la vidéo qu'en partenariat avec LR Presse, Pascal prend en charge, entre 2008 et 2013, la réalisation des DVD qui sont joints, à l’époque, aux numéros spéciaux de Ferrovissime. 

Pascal Béjui nous a quitté, mais son œuvre va rester présente dans l'édition ferroviaire d'aujourd'hui et de demain.

Jehan-Hubert Lavie

24 sept. 2023

Téléchargez votre fond d'écran Ferrovissime pour octobre 2023 !

Croisement de deux trains en gare d’Heiligendamm (Allemagne) sur le réseau « Molli » à voie de 0,90 m. Juillet 2023.



Votre fond d'écran Ferrovissime pour octobre 2023 vous attend d'ores et déjà sur notre page Fond d'écran à télécharger.



Tous les mois, vous retrouverez sur cette page un nouveau fond d'écran à télécharger ! 

Téléchargez votre fond d'écran >

13 sept. 2023

Fin de saison pour les chemins de fer touristiques


 

Fin de saison pour le Napoléon-Express de mi-journée du mercredi des CFCB (photo:J.H. LAVIE)


A la mi-septembre, les trains touristiques mettent les lanternes rouges pour plusieurs mois : c'est la fin de l'exploitation estivale. Un été 2023 qui, d'après plusieurs échos recueillis, n'a pas été mauvais malgré une météo trop chaude au sud et trop pluvieuse au nord, accompagnée d'une conjoncture économique peu favorable aux dépenses familiales. 

Prochains circulations pour certains de ces réseaux : les trains du Père Noël. 

texte : Jehan-Hubert Lavie

8 sept. 2023

Le point sur les AGC garés

 

AGC en OPMV à Nevers (Photo :  J. Anne)






Ferrovissime n° 125 (septembre/octobre) est maintenant en kiosque partout. Dans ce numéro, Jérémie Anne a réalisé en reportage sur les opération mi-vie réalisée à Nevers en prenant l'exemple des AGC.




700 automoteurs AGC ont été construits mais tous ne passeront pas en OPMV comme nous le rappelle Frédéric Didelot :



• il y en a un qui est radié depuis juillet 2016 : le B 82603/604 de Bretagne suite à l’accident de PN de St Médard sur Ille ;

Et il y en a 4 dont le sort est incertain, suite à des heurts à des PN avec un poids- lourd :

B 82773/774 Aquitaine
B 81775/776 Aquitaine
Z 27527/528 Champagne Ardenne / GE

Z 27873/874 LR / Occitanie






AGC en OPMV à Nevers (Photo :  J. Anne)


De St-Vaast-Bosville à Dieppe

Au départ de St-Pierre-Le-Viger, l'ancienne gare côté quais.

 


L'automne arrive. Une période propice pour parcourir d'anciennes lignes transformées en véloroutes, mais qui ont eu la sagesse de conserver certains bâtiments en modifiant a minima leur architecture. 

Aujourd'hui, nous vous proposons de parcourir l'ancienne section de ligne transversale St-Vaast/ Dieppe. Les petites lignes implantées à proximité des côtes normandes n'ont rien à envier aux antennes balnéaires bretonnes en matière de pittoresque. Elles ont même, généralement, un profil nettement plus difficile ! Bâtiments et installations sont typiques de l'ancienne Compagnie de l'Ouest.

C'est en 1898 qu'est mise en service la ligne à voie normale St-Vaast/ Dieppe. La voie alterne entre zones de plaine et profondes vallées dont le franchissement nécessite un profil accidenté et sinueux. Elle traverse la campagne du pays de Caux où la culture du lin représente 50 % de la production mondiale. Cette particularité a forgé le nom de baptême de la voie verte :  Véloroute du lin. Le trafic voyageurs avait été supprimé très tôt, dès le 2 octobre 1938. Le trafic des marchandises a été abandonné progressivement par tronçons à la fin du XXe siècle.

Réalisée par le département de la Seine-Maritime, cette superbe voie verte est longue de 27 km. Sa chaussée est entièrement revêtue d'enrobé. Actuellement, la véloroute débute non pas à St-Vaast mais à St-Pierre-le-Viger Fontaine-le-Dun, une très accueillante petite gare (vastes parkings, sanitaires). En effet, venant de St-Vaast, peu avant St-Pierre, est implantée l'usine de la Sucrerie de Fontaine-le-Dun et ce site industriel n'était pas propice à une traversée par une voie verte ! Autrefois, l'usine de la Sucrerie de Fontaine-le-Dun était un EP (Pk28) qui avait racheté à la SNCF, en 1951, la locomotive à vapeur 3-030 TA 686. pour ses manœuvres internes. La même entreprise sucrière possédait aussi un EP à l'entrée de la gare de St-Valéry-en-Caux.







Départ donc de St-Pierre-le-Viger (Pk. 27.4). BV comme l'édicule d'aisance sont du plus pur style Ouest. Notez que le BV est devenu la mairie de la commune mais son style est remarquablement bien conservé. La halle aux marchandises n'existe plus, remplacée par des salles liées aux activités de la commune. 

Dans les années 1950, la gare comporte une voie d'évitement et trois voies attribuées au marchandises, l'une épousant les limites de la cour de débord. Toutes sont raccordées à la voie unique aux deux bouts.






Par contre, il y a ce hangar, très typique des bâtiments d'entreposage employés autrefois par les coopératives et les entreprises agricoles dans un grand nombre de gares de l'Ouest de la France. 

Le carnet de profils et schémas de la région Ouest édition de 1957 montre que le bordure perpendiculaire en pierre du quai haut (voir photo du haut) était longé par un tronçon de voie accessible par une petite plaque tournante de gare, mais était-il encore utilisé alors et pour quels wagons? 


 


En quittant St-Pierre, on rencontre cette maison de garde (PN 26), là aussi, caractéristique de l'architecture ferroviaire de l'Ouest. La gare suivante est au Pk. 22 et ce premier parcours est en rampes allant de 10 à 20 °/°°.

Un mot sur la traction : à la fin du service voyageurs, les trois omnibus quotidiens sont  remorqués par des locomotives-tender du dépôt de Fécamp, notamment des 3-131 TA et - surtout, car cela va intéresser les modélistes ! - des 3-131 TB tant de la série badoise (901 à 915) que de la série saxonne (916 à 923).




Beaucoup de maisons de garde de PN ont été transformées et surtout agrandies. Je me suis limité aux bâtiments les plus authentiques, tel ce PN 23.






Au Pk.22, voici la gare de Luneray. Attention, la véloroute l'évite mais une voie de contournement en chaussée partagée la contourne pour finalement passer juste à côté. Un court tronçon de rue à remonter et nous voilà devant la BV style "5 portes". Autrefois, la gare comprenait, outre la voie unique, une voie d'évitement et trois voies de service. 




Face au BV de Luneray, en regardant à droite vous comprenez les raisons de l'interruption de la véloroute : une usine agroalimentaire ancienne jouxte l'emprise ferroviaire. 




L'usine est vaste et son style ancien la rend fort intéressante pour les modélistes.





Pk18 : gare de Gueures-Brachy ici côté quai avec l'édicule d'aisance toujours debout. Cette gare, sans doute modeste, comportait néanmoins quatre voies parallèles, mais son emprise a été aliénée dans le sens de la largeur par des installations électriques. 





Des variantes de détails sur cette maison de garde du PN 16.










Au Pk.14.6, la gare d'Ouville-la-Rivière présente deux particularités : 
• c'est le seul établissement de la véloroute qui possède encre sa halle, certes en ruine et totalement envahie par la végétation ;
• c'était aussi le point d'origine d'un réseau secondaire à voie métrique, les Chemins de Fer de Normandie, qui gérait deux lignes, l'une vers Motteville, l'autre vers Clères. 

Nous n'avons pas trouvé trace des vestiges "métriques". Rattaché à la Baie de Somme (!) après avoir été confié à la SE, le réseau est fermé aux voyageurs en 1938 et supprimé définitivement en 1947.


 Peu après avoir quitté Ouville, le PN 13 nous montre son accès latéral et son appentis. Nous sommes alors dans une rampe longue de 7 km dont l'inclinaison varie de 10 à 20 °/°°. A partir des années 1950, les 3-140 C s'emparent de la plupart des dessertes marchandises avant qu'elles soient reprises, dans les années 1960, par des locomotives diesel 040 DG / BB 66000.






Etonnement en gare d'Offranville : un tronçon de voie (rails à double champignon dissymétriques) est conservé sur lequel est garé un couvert G4 en très mauvais état. Le BV, par contre, offre un bel aspect. Notez le revêtement du quai en petits carreaux. 


Cette fois, c'est parti pour une descente de 4 km en déclivité de 20 °/°° (qu'il faudra remonter pour rentrer!) jusqu'à Petit Appeville (Pk.3.7) , petite station aux portes de Dieppe. Nous n'irons pas plus loin, la véloroute s'arrête là, car, autrefois, la ligne que nous venons de parcourir rejoignait celle arrivant de Rouen (et celle-ci existe toujours!) et s'y imbriquait pour s'engager dans le souterrain de St. Pierre (1654 m) avant d'entrer en gare de Dieppe.

Texte et photos : Jehan-Hubert LAVIE

Illustrations réalisées en septembre 2023